Une histoire riche et variée dont les premiers acteurs datent du VIIIe siècle.

Les Nalous et les Bagas peuplèrent la région dès le VIIIe siècle, et furent rejoints au XIe siècle par les Jalonkés d’origine mandée. Ils furent suivis par les Peuls et les Mandingues, qui arrivèrent entre le XVIe et le XVIIIe siècle, en apportant l’islam. Au XIIe siècle, la région fit partie de l’empire du Ghana et de celui du Mali. Ce dernier connut son apogée au XIVe siècle.

il s’étendit du nord et de l’est de la Guinée à Tombouctou (Mali), avant de péricliter au siècle suivant.

3.1 L’arrivée des Européens

En vertu du traité de Tordesillas (1494) qui traçait les limites territoriales entre l’Espagne et le Portugal, le page Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à s’entendre sur le partage du monde: tout ce qui serait découvert à l’ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l’est (Brésil et Afrique), au Portugal. En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d’évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l’Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. Les autres pays de l’Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s’opposer au traité de Tordesillas jusqu’à la fin du XVIe siècle. 

Les Portugais furent les premiers Européens, au XVe siècle, à longer les côtes de la Guinée et à entrer en contact avec les populations qui s’y trouvaient. Ils installèrent des comptoirs et pratiquèrent le commerce des épices, de l’huile de palme, l’or, de l’ivoire et… la traite des esclaves. La toponymie conserve encore leur marque (Rio Nuñez, Rio Pongo, Cap Verga, etc.) et plusieurs familles ont hérité de leurs noms (Fernandez, Gomez, etc.). Mais les Portugais entrèrent très tôt en compétition avec les Britanniques et les Français. Ils se trouvèrent rapidement circonscrits dans ce qui est devenu aujourd’hui la Guinée-Bissau. Les Britanniques finirent par se contenter sans trop de difficultés de la Sierra Leone. Puis, en une quarantaine d’années, l’impérialisme français supplanta ses rivaux dans la région en étendant sa zone à partir de la côte maritime en direction du Fouta-Djallon et de la Haute-Guinée. Les autochtones ne connurent d’abord l’écriture que par l’alphabet arabe: une transcription de la langue peule en caractères arabes apparut d’ailleurs au cours du XVIIIe siècle, mais cette arrivée dans le monde de l’écriture fut ralentie sérieusement par l’invasion des forces coloniales.

Le Français Gaspard-Théodore Mollien découvrit la Moyenne-Guinée (Fouta-Djalon) et la ville de Timbo en 1818; pour leur part, l’Anglais Gordon Laing (1826) et le Français René Caillié (1828) atteignirent Tombouctou au Mali. En 1840, l’amiral français Bouet-Willaumez (1808-1871), futur gouverneur du Sénégal, signa les premiers traités avec des chefs locaux de la Guinée. En 1880, le Français Olivier de Sanderval jeta les bases de la colonisation européenne dans la région. Dans les années 1880, l’almamy (souverain) d’origine malinkée, Samory Touré, équipé d’armes modernes, prit le contrôle de l’intérieur du pays. En 1884-1885, suite à un accord entre les puissances coloniales de l’époque (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Portugal), la conférence de Berlin reconnut les «droits» de la France sur la région.

3.2 La colonisation française

Le territoire de la Guinée devint une colonie française en 1893 et fut intégré à l’Afrique occidentale française (AOF) en 1893. Mais l’almamy Samory Touré mena une guerre organisée contre l’occupation française sur la côte et dans les massifs montagneux du Sud-Est, jusqu’à ce qu’il fut vaincu en 1898. Fait prisonnier en 1898, il fut déporté au Gabon où il mourut en 1900. Il fut l’un des derniers héros de l’histoire précoloniale du pays. Les résistances à l’occupation française continuèrent et ne cessèrent qu’en 1912, lors de la «pacification» de cette zone érigée en région militaire depuis 1899. Finalement, l’émiettement en multiples chefferies rivales facilita l’emprise française sur le pays. Mais les excès militaires français provoquèrent en 1911 une révolte des Guerzé et des Manons, qui fut réprimée avec une très grande brutalité.

La France imposa un système d’administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. Le français devint la langue de l’Administration. La plupart des documents officiels ne furent pratiquement jamais connus de la part des intéressés, sauf lorsqu’ils furent occasionnellement traduits dans un «dialecte local». Près de 95 % des Guinées ne fréquentaient pas l’école et ignoraient par conséquent le français. Cependant, le français était très répandu auprès de l’élite guinéenne qui n’hésitait pas au besoin à écourter les études coraniques de leurs enfants pour leur faire suivre leurs cours à l’école française.

La mise en valeur du pays demeura le fait des Français, car les autochtones ne fournirent que la main-d’oeuvre à bon marché, notamment dans l’exploitation de la bauxite. Les sociétés françaises monopolisèrent les cultures d’exportation et les multiplièrent. Évidemment, l’exploitation des ressources naturelles s’orienta vers les besoins de la Métropole, ce qui suscita très tôt un syndicalisme très politisé, surtout dans les centres industriels et portuaires, qui se transforma en mouvements contestataires. Pendant les deux guerres mondiales, la Métropole fit largement appel aux soldats guinéens: 36 000 furent mobilisés en 1914-1918 et près de 18 000 en 1939-1945.

La Guinée française devint par la Constitution française du 7 octobre 1946 un «territoire d’outre-mer». À la fin de l’empire colonial français, le taux de scolarisation des «indigènes» restait inférieur à 12 %. Cette situation cachait aussi d’importantes disparités entre les sexes (par exemple, moins de 10 000 filles sur 45 000 enfants scolarisés), les milieux urbains et ruraux (dits «de brousse»), les différents groupes sociaux (fonctionnaires, artisans, ouvriers et manœuvres, paysans) et religieux (par exemple, écoles coraniques et les écoles privées catholiques), sans parler des régions géographiques. L’enseignement supérieur demeurait inexistant. Puis, inévitablement, une conscience politique anticoloniale se développa pour s’affirmer avec force après la Seconde Guerre mondiale.

Source : université laval